Les frères MARCON à St-Bonnet-le-Froid

Les frères MARCON à Saint-Bonnet-le-Froid | L’Ardèche Parisienne n°1071

Quand le docteur Francus monta vers 1900 d’Annonay à Saint-Bonnet-le-Froid (1189 mètres d’altitude) par la vallée de la Vocance, il constata aussitôt : « L’air est plus léger. On respire mieux.

La pression atmosphérique est moins forte et, par suite, la circulation du sang plus active. Voilà pourquoi on a plus d’appétit sur les hauteurs » Joignez à cette expérience le désir exprimé plus tard par Charles Forot de « montrer que le Vivarais agrippé entre Rhône et Monts avait gardé l’art du bien manger » et vous comprendrez ce qui a décidé les frères Marcon à prouver que, même à Saint-Bonnet-le-Froid, charmant petit village qui garde tant de liens avec le Vivarais de jadis, on sait que, comme disait encore le poète, « une bonne cuisine est un gage de haute civilisation […]

Nous avons aussi le palais assez sain pour goûter tous les raffinements même les plus simples, nous estimons que les heures intelligemment consacrées à la table ne sont point perdues. » Les frères Marcon étaient quatre : ils refusèrent, leurs études finies, de partir pour la grande ville. Aujourd’hui l’aîné Jean-Pierre Marcon, soixante-trois ans, est député de Haute-Loire et vice-président du Conseil général de ce département. Il fut dix-huit ans maire de Saint-Bonnet et, depuis 1998, il est maire de la cité voisine de Dunières.

André Marcon, soixante et un ans, est président de l’assemblée des Chambres françaises de commerce. Il est l’actuel maire de Saint-Bonnet et préside Euromontana (Association européenne pour les zones de montagne). Guy Marcon, cinquante-neuf ans, est patron de l’entreprise Cave Marcon, qu’avait fondée son père. Le cadet Régis Marcon, cinquante-cinq ans, est à la tête de deux restaurants à Saint-Bonnet dont Le Clos des Cîmes, trois étoiles au guide Michelin depuis 2005.

Faire tomber les montagnes

Tous les quatre sont des « conquérants », comme les désigne le magazine Pour la montagne, mensuel d’information des élus de montagne, de mai 2012, qui les fait parler tour à tour.

Guy, le moins connu de la fratrie, a repris l’entreprise de marchand de vin du père, puis avec l’aide de ses trois enfants et de son gendre, s’est tourné vers le vin et la restauration. Il réussit là où bien des confrères ont dû arrêter faute d’avoir évolué . Jean-Pierre, le député, aime à dire : « On arrive parfois à faire tomber les montagnes. » Mais quel est leur secret, à ces montagnards, qui ont réussi sans rien renier de leurs origines ? André déclare : « Je passe le plus clair de mon temps à Paris mais je ne suis bien qu’ici, chez moi.

Il faut aimer un certain mode de vie. Moi je trouve que j’ai plus de services ici qu’à Paris. Dans nos montagnes on prend conscience qu’on n’est pas obligé d’avoir accès à tout. » Suprême sagesse qu’ignorent, hélas, les jeunes impatients d’arriver. Tous les quatre sont sûrs qu’avec les transports et l’appoint d’internet, il y a encore moins de raisons, de nos jours, qu’on ne réussise pas aussi bien à la montagne qu’à la ville. Et André de renchérir : « Ayez de l’enthousiasme ! Ayez de la passion ! Ayez le goût du travail ! Soyez solidaires ! Aimez vos montagnes ! », appuyé par Guy : « Il y a en montagne une qualité de vie qu’on ne trouvera peut-être pas ailleurs ».

Quant à Régis, à la tête de deux restaurants, à qui le gouvernement vient de confier une mission pour la formation des jeunes en hôtellerie-restauration, il lance la consigne de ne jamais renoncer : « Je suis sidéré de voir les clivages qui bloquent toutes les initiatives. Or c’est en parlant, en s’écoutant, en travaillant ensemble qu’on arrive à réussir. » Guy a le mot de la fin, comme en apothéose : « C’est à eux (les jeunes) de comprendre que ce n’est pas plus difficile qu’à d’autres époques, qu’ils ont toutes les clefs pour réussir et pour réhabiliter nos montagnes ».

Tout un village revit

L’ardeur des Marcon est communicative car c’est tout le village qui revit.

Aujourd’hui il compte trente-deux commerces, artisans ou professions dans le village pour deux cent quarante habitants et trente enfants à l’école. Saint-Bonnet revit, l’école renaît, les forêts paraissent plus vertes et la neige plus blanche, la municipalité se met toujours au service de ceux qui veulent faire quelque chose avec enthousiasme.

Cette réussite repose sur une génération d’entrepreneurs qui ont permis le développement sur des projets collectifs (le passage chaque année du rallye de Monte-Carlo, la Foire aux champignons en novembre, une SPA de remise en forme…) et sur beaucoup de solidarité entre les habitants. Cela peut-il durer ? Jean-Pierre Marcon envisage l’avenir avec confiance : « La génération qui arrive après est animée du même esprit que nous.

Les jeunes vont passer la surmultipliée et montrer que nos montagnes ont un avenir. Cela nous fait tellement plaisir !

Jeunes Ardéchois qui croyez que l’avenir est fermé en Ardèche, suivez l’exemple des frères Marcon et retrouvez courage et enthousiasme…

Amicale des Ardéchois à Paris © 2014 | Mentions légales